L’influence des médias électroniques sur la formation de l’opinion publique : du mythe à la réalité

1 Richard E. Langelier est docteur en droit et doctorant en sociologie. Il est spécialiste de la liberté d’expression et travaille particulièrement sur les rapports de la liberté d’expression et de l’administration de la justice, les formes de discours discriminatoires (pornographie et propagande haineuse), et la structuration de l’espace public, tant au niveau local qu’en lien avec la protection de la vie privée. Il s’intéresse également aux technologies de l’information et à la circulation des renseignements personnels dans le réseau de la santé et des services sociaux. Il vient d’ailleurs de publier un ouvrage de synthèse sur cette question, aux éditions CCH.

Résumé

Dans ce texte, l’auteur s’emploie à remettre en cause la méthode utilisée par le droit pour évaluer les dommages causés à une personne par les médias de masse lorsqu’il y a diffamation.
Il montre que bien que les médias de masse disposent d’une large diffusion, leur influence réelle sur les personnes qui les consomment est loin d’être aussi évidente. Pour Langelier, divers phénomènes doivent être pris en compte pour évaluer les dommages réels causés aux personnes lorsqu’il y a diffamation.
Au nombre de ceux-ci, mentionnons l’état des connaissances issues des sciences sociales sur l’influence potentielle des médias en regard de la formation des opinions individuelles, le degré de pénétration du médium en cause, la composition de l’auditoire auquel le médium s’adresse, le contexte social dans lequel le médium intervient, l’usage social des médias dans la société concernée, le degré de crédibilité dont disposent les médias dans cette société, l’importance relative des médias les uns par rapport aux autres et les raisons d’intérêt public justifiant une telle intervention.
De l’examen de chacun de ces facteurs dans le contexte de la société canadienne, l’auteur conclut que l’influence des médias sur la formation de l’opinion publique et des opinions individuelles est relativement faible sinon inexistante.
En conséquence, il trouve inappropriées l’orientation, le point de vue et la méthode avec lesquels le droit réalise ses déterminations lorsqu’il y a faute en matière de diffamation. Il appelle donc les juristes à rompre avec les présupposés et les mythes et à adopter une approche plus fine et plus réaliste de ces réalités.

English

In this text, the author challenges the method used in law to assess damage caused to individuals by mass media in defamation cases.
He shows that, while mass media reach a wide audience, their real influence on individuals who read, watch or listen to them is far from obvious. According to Langelier, a number of factors have to be taken into account in order to assess the real damage caused to individuals in cases of defamation.
The factors include knowledge in the social sciences about the media’s potential influence on individual opinion formation, the degree of penetration of the medium in question, the composition of the target audience, the social context in which the medium operates, the social use of media in the society in question, the media’s degree of credibility in the society, the relative importance of the media in relation to one another, and public interest.
After examining each of these factors in the context of Canadian society, the author concludes that media influence on the formation of public and individual opinions is relatively weak, if not non-existent.
Consequently, he finds inappropriate the approach, point of view and methods used in law to determine damages in defamation cases. He thus calls on legal practitioners to break with the presuppositions and myths, and to adopt a more accurate and realistic approach to such cases.

Citation recommandée

Richard Langelier, « L’influence des médias électroniques sur la formation de l’opinion publique : du mythe à la réalité », (2006) 11-1 Lex Electronica. En ligne : http://www.lex-electronica.org/s/722.
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