Le premier numéro de Lex hebdo!
Participer à l’aventure d’un premier numéro est toujours un peu spécial que ce soit à l’occasion du lancement d’une revue traditionnelle ou électronique. Si on croit souvent savoir ce qu’on faudrait y réaliser, le résultat est fréquemment très différent des attentes. Souhaitons donc à Lex hebdo de trouver sa propre voie et de nous surprendre dans des voies que ses « Pères fondateurs » n’auraient même pas cru entrevoir. A cet égard, il m’est agréable de remercier Karim Benyekhlef, directeur du Centre de Recherche en Droit Public, de cette heureuse initiative, qui vise essentiellement à favoriser le développement de l’esprit critique au sein du milieu universitaire. Nous rejoignons ainsi les préoccupations du nouveau président de l’ACFAS, Pierre Noreau, qui dans la dernière livraison de la revue Forum souligne la fonction critique de la recherche et la nécessité pour les chercheurs de participer au débat démocratique.
L’hyper-spécialisation conduit souvent les universitaires à labourer de vastes champs, dont ils apprennent progressivement à circonscrire les contours et à approfondir les sillons. L’exercice auquel j’ai été convié s’éloigne fortement de ce cadre apprivoisé et sécurisant. La feuille de route de Lex hebdo est en effet toute autre puisque le texte publié dans sur ce nouveau support se doit principalement d’être critique. Il s’agit notamment de franchir ce gué, que tout chercheur redoute : celui de l’objectivité. Délaissant pour un temps cette recherche de l’objectivité et d’une stricte neutralité et mettant à mal la distanciation habituellement savamment entretenue, l’auteur publiant dans Lex hebdo doit donc se résoudre à une place a priori plus inconfortable. En d’autres termes, le texte publié dans Lex hebdo est avant tout un texte d’opinion. L’auteur ne doit pas hésiter à s’y engager et à y exprimer des idées personnelles, habituellement retranchées dans d’improbables notes de bas-de-page au cœur d’un imposant appareil critique, facteur de sérieux et de reconnaissance par les pairs. Pour les besoins de la cause, notes de bas-de-page, appareil critique et références trop nombreuses sont donc prohibées! Lex hebdo se distingue ainsi de sa grande sœur, Lex electronica, aux destinées de laquelle Cynthia Chassigneux a brillamment veillé pendant plusieurs années en sa qualité de rédactrice en chef. Qu’elle en soit vivement remerciée! Souhaitons également la meilleure des chances à la nouvelle titulaire de cette fonction, Virginie Mesguich, dont le dynamisme et le professionnalisme sont déjà de précieux atouts.
Le texte publié dans Lex hebdo, tout en s’efforçant d’avancer des opinions personnelles sans se contenter de synthétiser celles d’autrui, a également pour vocation de susciter la critique et les commentaires. Inutile de souligner à quel point ces derniers sont donc les bienvenus! C’est pour favoriser le débat d’idées et les échanges universitaires que ce support vient d’être lancé, c’est donc entre les mains de chacun de ses lecteurs que l’aboutissement de ce projet, en dernier lieu, repose…
Deux textes viennent prendre place dans ce premier numéro de Lex hebdo. Le premier, qui répond davantage à une commande, traite d’un sujet récent : la crise en Géorgie. L’idée est de se confronter à un événement d’actualité sur lequel l’historien des institutions et des idées politiques que je suis n’a guère le recul nécessaire, auquel il est accoutumé. Toutefois, au fil de l’écriture de ce court texte (la brièveté de l’article est également l’une des modalités d’exercice des publications de Lex hebdo…), il m’est, en définitive, apparu que le sujet était, sous bien des aspects et malgré les apparences a priori contraires, excessivement consensuel. C’est la raison pour laquelle un second article prend place dans cette livraison. Le cycle de conférences sur les fonctions contemporaines du droit, organisé par le Centre de Recherche en Droit Public, a cette année pour thème Les cultures du droit. La première conférence de ce cycle, tenue le 23 septembre 2008 et ayant pour intitulé « apostasie et liberté de conscience », a été prononcée par Abdelwahad Meddeb, professeur de lettres modernes à l’université de Paris X. Le conférencier est également l’animateur de l’émission Cultures d’islam sur France-Culture et l’auteur d’un récent et remarqué Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie (Le Seuil, 2008). Il nous a semblé intéressant de nous livrer à un commentaire critique de cette conférence pour plusieurs raisons. La première tient à la possibilité de prolonger ainsi le débat d’idées à la suite de cette intéressante conférence publique, dont la video est disponible en ligne et qu’il ne s’agit pas ici de résumer.
D’autre part, les sujets de nature religieuse, voire politique, ne sont-ils pas, par essence, les plus susceptibles de susciter les commentaires, sinon d’enflammer les passions?
Arnaud Decroix
Chercheur post-doctoral
CRDP
Université de Montréal