Principalement dédiée à la recherche, la carrière de juriste d’Andrée
Lajoie a été menée dans la perspective de la multidisciplinarité.
Elle-même diplômée en droit et en sciences politiques, il paraît tout à
fait compréhensible qu’elle se soit concentrée sur le droit public. Dans
les années 1960 et 1970, elle se consacra d’abord à l’étude des
relations entre le droit, l’État et la société dans des secteurs
d’activités au coeur des réformes en cours au Québec, dans le contexte
de la Révolution tranquille. Ce n’est que par la suite, dans un deuxième
temps – en autant qu’il soit possible de scinder ses recherches en
différents moments –, qu’elle entreprit son travail de théoricienne du
droit, plus particulièrement à travers ses travaux sur l’interprétation
constitutionnelle et le discours judiciaire de la Cour suprême du
Canada. C’est ainsi qu’elle étudia, tour à tour, l’interprétation du
partage des compétences législatives au regard des positions
constitutionnelles du Québec, l’interprétation de la notion de « société
libre et démocratique » énoncée à l’article premier de la Charte
canadienne des droits et libertés et le sort réservé aux revendications
des femmes, des homosexuels, des Autochtones et des Québécois dans le
droit constitutionnel canadien. De manière plus spécifique, elle
s’intéressa, avec les autres membres des équipes de recherche qu’elle
dirigea au Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de
l’Université de Montréal, à la capacité des valeurs et des intérêts
minoritaires à pénétrer le droit. Elle a donc cherché à rendre compte
des modes de production du droit, ou encore des modes de détermination
sociale du sens des règles de droit.