Trop d’années sont maintenant passées pour que je me souvienne encore
des conditions précises dans lesquelles j’ai noué ce colloque singulier
avec Andrée Lajoie, colloque qui dure depuis plus de vingt ans, et qui
n’a cessé de m’enrichir. Notre collègue et amie croit fondamentalement
dans le Droit, beaucoup moins dans la capacité des juristes à trouver
les réponses à la hauteur des problèmes auxquels sont confrontées nos
sociétés contemporaines.
D’où une attente et une exigence qui l’ont conduite à interroger les
expériences qui pourraient répondre à sa curiosité, tant dans le cadre
de son propre biculturalisme juridique que dans ceux d’autres sociétés,
sur d’autres continents, voire à d’autres moments de nos histoires
communes. Mais, toujours me semble-t-il, avec une approche pragmatique
car la théorie doit servir la pratique, non l’asservir, et l’objectif
est de trouver des solutions concrètement mobilisables.
Elle préfère aussi le fluide au flou, la reconnaissance de la
multiplicité des facteurs interférant dans une décision juridique ou
judiciaire au simplisme de la seule herméneutique juridique (Lajoie,
1997). Bref, elle est ouverte aux aventures intellectuelles.