Cette étude a pour objet de démontrer qu’un des effets, peut être le
plus insoupçonné, de la reconnaissance constitutionnelle des droits
ancestraux des peuples autochtones est de mettre à mal l’hégémonie du
territoire dans notre manière de penser la gouvernance autochtone
contemporaine. Il s’agit ici de faire valoir que le régime des droits
ancestraux mis en place par la Cour suprême en s’appuyant sur l’article
35 de la Loi constitutionnelle de 19821 fait apparaître les prémices
d’un véritable ordre autonome autochtone fondé en grande partie sur le
principe de personnalité – c’est-à-dire
sur le rattachement personnel des individus au groupe – plutôt que sur
le principe de territorialité qui, depuis l’avènement de l’État, fonde
la puissance publique sur le contrôle d’un espace linéairement
circonscrit.