Formée tout à la fois en droit et en science politique, Andrée
Lajoie manifeste dans l’ensemble de son œuvre une attention soutenue et
singulière aux pouvoirs et aux rapports de pouvoir, et par conséquent
aux jeux de pouvoir qui accompagnent aussi bien la production du droit
que son instrumentalisation et les différents modes de mobilisation
auxquels il se prête. Ses analyses empiriques des décisions de la Cour
suprême du Canada, par exemple, mettent en lumière la puissance
surdéterminante des idéologies dominantes, lorsque le tribunal doit
prendre position dans des causes impliquant les droits de minorités,
qu’il s’agisse des gais et lesbiennes, des Amérindiens canadiens, des
femmes ou du Québec. L’intérêt qu’elle a porté aux problèmes de
gouvernance dans les communautés autochtones du Québec surgissait d’une
même perception de la fabrique sociale faite des déséquilibres et des
disparités dans l’accès aux commandes décisionnelles dans ces sociétés,
comme dans tout autre d’ailleurs.