La société canadienne en débats. What holds Canada together ?...,
Coll. Questions contemporaines, Paris, L’Harmattan, 2008, 221 p.
Les douze contributions de cet ouvrage, publié sous la direction d’Alain Faure et Robert Griffiths, sont pour l’essentiel issues d’un cycle de conférences, qui s’est tenu au Centre d’Etudes Canadiennes de Grenoble. Les interrogations ont surtout porté sur les transformations de la société canadienne autour de la question que le géographe Martin Vanier a francisé sous la forme : « qu’est-ce qui fait tenir le Canada ensemble ? ». Cet ouvrage se présente donc comme une tentative de comprendre les évolutions récentes de la société canadienne et de mieux en définir les principaux enjeux. Par conséquent, les questions examinées tournent essentiellement autour des modalités de la construction du Canada, fondé sur une « immigration constitutive et cohésive » (Jean Tournon, « Fondations historiques et identitaires : to be or not to be Canadian ») et de nouvelles formes de relations avec la « métropole » (Robert Griffiths, « Les héritages britanniques au Canada. Une reconnaissance difficile »). L’organisation politique du pays (André Bernard, « Le système politique canadien et ses particularités ») et son histoire électorale (Pierre Martin, « Dynamiques partisanes et électorales au Canada ») font également l’objet de deux contributions. La spécificité du multiculturalisme canadien, ses enjeux et ses critiques sont aussi exposés au cours de deux articles distincts (Sandrine Tolazzi, « Le multiculturalisme : instrument de cohésion sociale ? » et Eric Tabuteau, « Le multiculturalisme : au service du peuple ou de l’élite ? »). La contribution des peuples autochtones n’est pas ignorée (Hélène Greven-Borde, « Amérindiens et Canadiens : apories de la tutelle et de la réconciliation ») de même que la situation propre aux Inuit (Cécile Pelaudeix, « Culture de l’Arctique, identité nationale et enjeux circumpolaires »).
Principalement adressé à un public français, cet ouvrage présente donc l’avantage de souligner les spécificités d’un Canada, souvent méconnu mais qui constitue pourtant, « dans toute sa complexité ethnique et culturelle, (…) un laboratoire qu’aucun pays européen ne peut se permettre d’ignorer » (Robert Griffiths, « Conclusion générale : l’image du Canada et les enjeux de l’avenir », p. 207). On appréciera donc cette belle synthèse à sa juste mesure.
Toutefois, on pourrait regretter, au premier abord, la faible part accordée à la présence du « fait français » au Canada. Si un article est consacré au Québec (Antoine Faure, « Media, nationalisme et cohésion dans la Révolution tranquille »), il ne suffit pourtant pas à emporter la conviction. On pourrait déplorer cette absence, mais celle-ci est cependant révélatrice d’une certaine évolution. Ainsi, on peut s’étonner, par exemple, que l’expression même de « Canada français » semble, de plus en plus, ne devoir s’appliquer qu’aux francophones « hors Québec ». L’emploi de l’expression de « Canadien français », en tant que telle, paraît être devenue péjorative (son équivalent anglais, pour sa part, continue d’être usuellement employé), notamment pour les Québécois. La récente reconnaissance par le gouvernement fédéral conservateur de la « nation québécoise dans un Canada uni » approuve implicitement ce changement de paradigme.
Parallèlement au Centre d’Etudes Canadiennes de Grenoble a ainsi été créé, en 2007, une Chaire d’études du Québec contemporain à la Sorbonne-Nouvelle, par conséquent essentiellement spécialisée dans l’étude de la « belle province ». Si cette partition accentuée entre le Québec et le « ROC » (« Rest of Canada »), et donc entre les études afférentes qui leur sont consacrées, semble illustrer l’existence des « deux solitudes », il s’agit aussi de tenir compte sans doute de l’existence de différences culturelles indéniables.
Arnaud Decroix
Chercheur post-doctoral
CRDP
Université de Montréal