Des droits humains aux droits « humaturés » ? Éléments pour une nouvelle théorie des droits au service de la décroissance

Abstract

Depuis le XVIIIe siècle, la rhétorique des droits a connu en langue française plusieurs glissements sémantiques, marqués par le passage de la notion de droits de l’homme à celle de libertés publiques puis à celle droits fondamentaux. Or, derrière ce changement terminologique, c’est tout le tissu théorique sous-jacent de la normativité juridique qui évoluait pour s’adapter à une nouvelle réalité sociale.

Les défis liés au dérèglement climatique et, plus généralement, à la crise écologique nous font entrer dans une nouvelle ère de grande transformation. Dans ce contexte, l’essor en langue française de la notion de droits humains retient l’attention, dans la mesure où, en même temps qu’elle permet de renforcer l’égalité femme/homme, l’expression renvoie à une nouvelle relation de l’espèce humaine avec la nature. Elle peut ainsi être vue comme le révélateur d’une nouvelle théorie des droits en cours de construction destinée à adapter les droits et libertés à ces nouveaux défis.

La perspective reste toutefois celle de la croissance verte / durabilité faible. C’est pourquoi cette évolution pose, en filigrane, la question des tenants et aboutissants d’une théorie des droits décroissancistes induite par la durabilité forte que l’article propose d’appeler une théorie des droits « humaturés », destinée à « humaniser la nature » et « naturaliser l’homme » (lato sensu), dans le but d’inscrire la consommation humaine dans les limites physiques de la planète.

L’article postule que l’élaboration d’une telle théorie passe, dans les régimes démocratiques, par la réponse à deux questions auxquelles il esquisse de premiers éléments de réponse : quel rééquilibrage des différentes générations de droits de l’homme pour « produire moins, partager plus, décider ensemble » ? et quel redéploiement de la garantie des droits pour atteindre ces mêmes objectifs ?

Keywords

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